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Noailles, le Panier, la Plaine : trois marchés, trois façons d’acheter

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Trois quartiers, trois marchés, et trois façons complètement différentes d’y faire ses courses. Passer de Noailles à la Plaine, puis au Panier, un même samedi matin, c’est traverser trois logiques commerciales qui n’ont en commun que le mot « marché ».

Noailles : le marché qui ne ferme jamais vraiment

Le marché des Capucins, au cœur de Noailles, se distingue par sa permanence : les étals de fruits et légumes occupent la rue quasiment tous les jours, pas seulement à heure fixe le week-end. On y trouve des produits qu’on ne croise pas ailleurs en ville dans les mêmes proportions — épices vendues au poids, fruits et légumes venus de toute la Méditerranée, échoppes de tissus et de mercerie serrées les unes contre les autres. L’ambiance y est dense, sonore, avec des prix annoncés à voix haute plutôt qu’affichés et un rythme d’achat rapide, presque debout, très éloigné d’une flânerie tranquille.

C’est aussi le quartier où la frontière entre alimentation et textile s’efface le plus : à quelques mètres d’un étal de coriandre fraîche, une échoppe propose des coupons de tissu au mètre, une continuité qui dit beaucoup de l’histoire commerçante du quartier, ancien carrefour d’échanges entre plusieurs rives de la Méditerranée.

La Plaine : le marché qui a changé de visage

Sur la place Jean-Jaurès, que tout le monde continue d’appeler la Plaine, le marché occupe plusieurs matinées par semaine, avec une ambiance nettement plus posée que celle de Noailles. La place, réaménagée ces dernières années, mélange désormais étals de producteurs, stands de vêtements de seconde main et petite restauration à emporter, dans un espace plus dégagé, plus arboré, qui invite davantage à s’attarder qu’à Noailles. On y vient autant pour acheter que pour s’asseoir un moment, ce qui change complètement le rythme de la visite.

C’est aussi un marché plus jeune dans sa fréquentation, porté par la proximité des ateliers de créateurs installés dans le quartier voisin du Cours Julien, qui y trouvent un public déjà habitué à chiner et à comparer avant d’acheter.

Le Panier : l’achat au fil des rencontres

Le Panier n’a pas de grand marché fixe comparable aux deux précédents. C’est plutôt une succession de petites boutiques et d’ateliers ouverts sur la rue, avec, de façon plus occasionnelle, des marchés de producteurs ou d’artisans organisés sur une place ou l’autre au fil des saisons. L’achat s’y fait moins par habitude que par rencontre : on pousse une porte parce qu’on a vu quelque chose en vitrine, on discute avec la personne qui a fabriqué l’objet, sans la logique d’étals alignés qu’on retrouve à Noailles ou à la Plaine.

Cette irrégularité a un revers : il faut parfois revenir plusieurs fois pour tomber sur le bon moment, un artisan présent ce jour-là plutôt qu’un autre. Mais elle a aussi un avantage, celui d’un achat plus lent, presque toujours accompagné d’une explication sur la pièce elle-même.

Comparer les trois façons d’acheter

Marché Jours Ce qu’on y trouve Ambiance
Noailles (Capucins) Quasiment tous les jours, le matin Fruits, légumes, épices, tissus et mercerie Dense, rapide, prix criés
La Plaine (Jean-Jaurès) Plusieurs matinées par semaine Producteurs, fripes, petite restauration Plus posée, on s’attarde
Le Panier De façon occasionnelle, selon les saisons Artisanat, pièces uniques, ateliers ouverts Lente, faite de rencontres

Ce qui distingue vraiment ces trois logiques

Au-delà des produits, ce sont trois rapports au temps qui s’opposent. Noailles impose son rythme : on suit le flux, on ne s’arrête pas longtemps à un étal sous peine de bloquer le passage. La Plaine laisse davantage de latitude, avec des allées plus larges et des bancs à proximité. Le Panier, enfin, n’impose aucun rythme collectif : chacun avance à sa vitesse, sans horaire de marché à respecter puisqu’il n’y en a pas vraiment de fixe.

Cette différence de rythme se voit jusque dans la façon de porter ses achats. À Noailles, on repart les bras chargés de sacs en papier ou en tissu, remplis en quelques minutes entre deux étals. À la Plaine, les achats s’étalent sur toute une matinée, souvent posés un moment sur un banc avant d’être repris. Au Panier, on repart parfois les mains presque vides, la pièce repérée devant être livrée ou récupérée plus tard, le temps qu’un artisan la termine.

Cette diversité tient aussi à l’histoire de chaque quartier. Noailles s’est construit comme un carrefour d’échanges, resté commerçant sans interruption depuis des générations. La Plaine a longtemps été un espace de passage avant de devenir, avec son réaménagement, un lieu où l’on s’installe. Le Panier, le plus ancien noyau de la ville, garde une trame de ruelles étroites peu adaptée à un grand marché aligné, ce qui a naturellement favorisé la boutique et l’atelier plutôt que l’étal.

Un point commun malgré tout

Aucun de ces trois marchés ne fonctionne comme une zone commerciale classique, avec des horaires uniformes et une offre standardisée. Chacun garde une identité liée à la géographie du quartier qui l’accueille, ce qui explique pourquoi tant d’habitants restent fidèles à un seul des trois plutôt que de les considérer comme interchangeables. Le choix entre les trois dépend moins de ce qu’on cherche à acheter que du temps qu’on est prêt à y consacrer, et de l’ambiance dans laquelle on préfère le faire.

Beaucoup d’habitants finissent d’ailleurs par les combiner plutôt que d’en choisir un seul : un passage rapide à Noailles en semaine pour les produits frais, une matinée plus longue à la Plaine le week-end, et une visite au Panier réservée aux moments où l’on cherche une pièce précise plutôt qu’à faire ses courses. Cette complémentarité, plus que la concurrence entre les trois, explique qu’ils continuent de coexister sans que l’un ne prenne réellement le pas sur les autres.

L’histoire commerçante de Noailles, documentée dans l’article que Wikipédia consacre au quartier, rappelle qu’il fut longtemps un point d’entrée des denrées venues du port avant de gagner le reste de la ville, une fonction de carrefour qui explique encore aujourd’hui la densité de son marché quotidien.

Cette question d’échanges et de tissus qui se croisent avec l’alimentaire, propre à Noailles, rejoint directement celle des matières choisies pour tenir la chaleur : les mêmes étals qui vendent des épices au poids proposent souvent, à quelques mètres, des coupons dans des fibres qu’on ne trouve pas ailleurs en ville.


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